A LIRE ABSOLUMENT

 

"Merci" pour l'ensemble de votre oeuvre ...

Comment faut-il entendre "nous vous remercions" ?!!

Un écrivain obtient un prix (remerciement de ...?) et à son tour commence à remercier ceux qui lui ont accordé. S'ensuit une longue réflexion sur le fondement de ces remerciements ... et de fil en aiguille la notion même d'oeuvre est interpelée. De remerciements en remerciements on remonte à la source.

Multiples interprétations, facettes, qui donnent lieu à un monologue en public, où l'on peut supposer entendre la voix du narrateur.

De quoi parle-t-on quand on parle d'oeuvre. Le créateur parle-t-il de la même chose, que le public ? que le critique ? Le remerciement est il de même nature que celui qui se joue vis à vis des parents ? des amis ? Qu'est ce qui se joue autour de la gratitude ? ou de son impossibilité ?

Ce à quoi l'écrivain tend dans sa création, dans sa destinée transparaît-il vraiment dans son oeuvre ? chacun, selon son point de vue, n'en perçoit-il pas un aspect différent.

Il y a l'oeuvre telle qu'on la voit, en tant que lecteur, spectateur. Mais il y a l'oeuvre dans l'intention de celui qui la crée.

Et puis de quelle oeuvre parle-t-on ?

Se réduit-elle à l'objet qui émerge dans le monde visible, ou bien se niche-t-elle dans les actes et la destinée telle qu'on la mène ?

Je ne suis pas d'accord avec le commentaire de son éditeur : "Mais quelle œuvre ? Peu importe, et d'ailleurs nous ne le saurons jamais. Parce c'est tout à fait secondaire : l'important, c'est de remercier. " Pennac à mon sens dit l'inverse. Il interpèle de façon quasi brusque ce lieu commun.

Il parle dans la seconde partie du texte d'une oeuvre autre que l'écriture pour laquelle l'auteur est reconnu. Il parle des soubassements de sa création, des tréfonds de ses motivations. A lire les diverses critiques que j'ai lues sur ce livre, je me rends compte à quel point ce dont il parle semble peu perçu.

 

Il met en contrepoids des remerciements, acte social, du jury, de l'équipe, des amis, des parents, le poids d'un élan de l'âme qui donne l'impulsion du don, de la transmission et d'une autre dimension du remerciement, dans la relation intellectuelle intime, dans un échange où coeur et esprit sont en phase.

Le fatras de surface rend le narrateur/personnage impitoyable avec tous les faux semblants, toutes les intentionnalités manipulatrices, qui ne se disent pas et revêtent de faux atours.

Il faut lire entre les lignes.

Peut-être que l'avoir connu, il y a très longtemps en tant que professeur facilite la perception de l'exigence dont il parle, sous l'exaspération, la dérision et l'ironie. Son goût aussi de soulever des débats qui peuvent déranger, parfois sans en avoir l'air.

Un très beau texte qui, si on en a envie, fait réfléchir.

 

 

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